Il fut un temps, pas si lointain, où le dimanche matin, on entrait dans une salle encore engourdie, pour y voir un film d’Agnès Varda ou d’Abel Gance. Moins de monde, et cette attention presque religieuse que réclame une œuvre quand elle n’a rien à vendre. On en sortait un peu bouleversée, un peu grandie. C’était cela, le cinéma, un exercice de lenteur et de nuance. Depuis, Lille a beaucoup régressé. Les promesses de diversité ont produit une offre plus conforme, plus lisse, plus immédiatement consommable. L’exigence, elle, s’est discrètement retirée, comme ces mots qu’on cesse d’employer faute de leur trouver encore un usage. Le cinéma art et essai n’a pas disparu, il a été réduit, toléré à dose homéopathique, jusqu’à devenir une curiosité dominicale. Ce n’est pas une censure, ce serait trop brutal, trop inavouable, mais un appauvrissement doux, presque poli. Ce genre de cinéma n’est pas combattu, il est affaibli, rendu optionnel, aimablement marginalisé. Ainsi va Lille, où l’on n’a pas renoncé à la culture ; on l’a simplement rendue plus pauvre. Lille n’a pas perdu le cinéma d’art et essai faute de public, mais faute de volonté.
Conseil municipal : le cinéma à Lille





